Nécropole de la Croix-Ferlin

Dans la sérénité de la plaine champenoise, ce cimetière militaire italien est posé à Bligny, à quelques kilomètres de Reims. Il accueille les sépultures de 3 440 soldats morts lors de la première guerre mondiale, dont 400 inconnus déposés dans un ossuaire. Les forces militaires italiennes étaient composées dans un premier temps, uniquement de volontaires et d’une importante force auxiliaire de travailleurs. Mais à compter de mai 1918, s’y joindra le « Secondo Corpo d’Aramata », les 3ème et 8ème divisions d’infanterie qui combattront en Marne et en Meurthe-et-Moselle. Certains soldats décédés en captivité loin de leur pays (prisonniers sur le front austro-italien) ont trouvé place également dans cette nécropole, la plus grande de France – sources « Mémorial Gen Web »

   


Comment se préparer sereinement à la mort

Photo GML – Turin

.. Récemment, un disciple soucieux (un certain Criton) m’a demandé : « Maître, comment bien se préparer à la mort ? »
– une seule solution, être convaincu que tous les gens sont des couillons » ai-je répondu.

Devant la stupeur de Criton, je me suis expliqué. « Vois-tu, comment peux-tu marcher à la mort, même en étant croyant, si tu songes que, au moment où toi tu passes de vie à trépas, de beaux et désirables jeunes gens des deux sexes dansent en boîte et s’amusent follement, des scientifiques éclairés percent les derniers mystères du cosmos, des politiciens incorruptibles s’emploient à créer une société meilleure, des journaux et des télévisions ont pour seul but de donner des informations dignes d’intérêt, des directeurs d’entreprises responsables s’ingénient à ne pas polluer l’environnement et nous redonner une nature faite de ruisseaux potables, de montagnes boisées, de cieux purs et sereins protégés par un ozone providentiel, de nuages moelleux distillant les douces pluies d’antan ? Si tu te dis que toutes ces choses merveilleuses se produisent tandis que toi tu t’en vas, cela te serait proprement insupportable, n’est-ce pas ?

– Mais essaie un instant de penser que, à l’instant où tu sens que tu vas quitter cette vallée, tu as la certitude inébranlable que le monde (cinq milliards d’êtres humains) est rempli de couillons, que ceux qui dansent en boîte sont des couillons, des couillons les scientifiques ceux qui croient avoir résolu les mystères du cosmos, des couillons les politiciens qui proposent une panacée pour tous nos maux, des couillons les pisseurs de copie qui remplissent nos journaux d’inepties et vains potins, des couillons les industriels malpropres qui détruisent la planète. En cet heureux moment, ne serais-tu pas soulagé, satisfait d’abandonner cette vallée de couillons ? »…

Umberto Eco
Comment voyager avec un saumon
Editions Grasset


L’Amour plus fort que la Mort

Salvatore et Florence Graziano éprouvèrent le coup de foudre lorsqu’ils se rencontrèrent en 1932 dans un dancing de Chicago. Ils se marièrent un an plus tard et furent inséparables pendant plus de 50 ans. En octobre 1984 Salvatore, âgé de 77 ans, fit une crise cardiaque et fut hospitalisé au Masonic Hospital dans l’Illinois. Florence, 75 ans, venait lui rendre visite tous les jours. Un matin, en arrivant à l’hôpital, elle dit à l’infirmière qu’elle ne se sentait pas très bien et un médecin lui fit passer un check-up avant qu’elle ait pu voir son mari. L’état de celui-ci s’étant dégradé pendant la nuit, il mourut pendant que Florence se faisait examiner. A l’instant précis de sa mort, à 9 H 09, Florence s’écroula dans les bras du médecin et mourut. Elle n’avait eu qu’un léger malaise cardiaque, assez fort pour la tuer, et ne pouvait être en aucune façon être au courant de la mort de son mari.

Photo GML – expo Austrasie royaume oublié

Steeve Moore et Paul Sierekins
Le Sottisier des morts absurdes et des vies incroyables
Editions Hors Collection


La signification de la Mort dans le Bouddhisme

Photo GML – île de Lantau

Pour le bouddhisme, la mort ne s’oppose pas à la vie mais se définit comme un processus inverse de celui de la naissance. Cette conception, caractéristique d’une vision spirituelle de l’existence, s’ancre profondément dans une réflexion sur la condition humaine et la possibilité de s’affranchir de la souffrance. Dans le bouddhisme, en effet, tout effort de compréhension et d’explication philosophique a une visée sotériologique et débouche sur une pratique spirituelle libératrice. La mort apparaît à tout un chacun comme une séparation douloureuse, une rupture d’équilibre voire une injustice, bref comme une manifestation évidente de la souffrance qui est notre lot. Or, le bouddhisme est né de l’expérience et de l’enseignement d’un homme éveillé, le Bouddha, dont la quête était essentiellement motivée par la compréhension du processus de la souffrance et la possibilité de s’en délivrer définitivement. La mort occupe donc une place centrale dans les préoccupations de tout bouddhiste.


L’oubli

Photo GML – Centuripe

Le temple est en ruine en haut du promontoire.
Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
les Déesses de marbre et les Héros d’airain
dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.

Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
de sa conque où soupire un antique refrain
emplissant le ciel calme et l’horizon marin,
sur l’azur infini dresse sa forme noire.

La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
fait à chaque printemps, vainement éloquente,
au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;

Mais l’homme indifférent au rêve des aïeux
écoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
la Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.

José-Maria de Heredia (1842-1905)


Tombeaux des Califes

L’un des « quartiers » les plus remarquables du Caire est ce qu’on appelle la « citée des morts », c’est à dire le cimetière. Il est situé au sud-est de la ville et constitue une véritable cité. L’ensemble est appelé par les arabes « al-Khalifa ». Ville assoupie pendant la plus grande partie de l’année, elle s’animait lors de certaines fêtes où les familles venaient banqueter dans les mausolées. Depuis quelques années, cette « cité » est redevenue une ville des vivants, de nombreuses familles sans abri s’étant établies dans les demeures des défunts qui constituent souvent de véritables habitations, perpétuant en cela l’ancienne tradition funéraire de l’Egypte pharaonique.

 

 


Le songe de Scipion

… Gersonide demeura coi. Le pape s’empara d’une feuille de papier et récita une liste de chiffres :

– Syracuse : quatre-vingt-dix mille morts sur une population de cent mille. Gênes : soixante mille sur soixante-quinze mille. A Florence, il reste moins de mille âmes. Alep est rayée de la carte : pas le moindre habitant n’a survécu, ni homme, ni femme, ni enfant. Alexandrie est une ville fantôme. Et cela continue sans trêve. Le monde entier se consume, et cela en quelques mois.

Photo GML – Rome

Le rabbin était interloqué. Que le chef de l’Eglise ait possédé des renseignements plus complets, plus précis que lui, il n’en doutait pas un seul instant. Qu’ils soient si horribles, il ne s’en était absolument pas douté. Sur le moment, il ne sut pas quoi répondre.

– j’ai également lu, reprit le pape, plusieurs rapports indiquant que les Juifs meurent aussi souvent que les Chrétiens – et, ajouterai-je – que les Musulmans. Dieu met absolument tout le monde sur le même pied, et il semble possible – c’est ce que beaucoup pensent déjà – qu’il a l’intention d’anéantir toute la création. Nous sommes au milieu d’un nouveau déluge, sauf que cette fois-ci les animaux sont épargnés. Seuls les hommes, les femmes et les enfants succombent à ce mal…

Iain Pears
Le songe de Scipion
Editions Belfond


Massacre à la perceuse

… Signalons enfin que la revue Injury (vol. 3 n°7, p.635-637) expose le cas d’un patient qui s’est flanqué un coup de perceuse dans le cou. On ne sait s’il s’agissait d’un bricoleur maladroit ou d’un candidat à l’auto-trépanation souffrant de graves lacunes en anatomie. Mais que les choses soient claires : l’auteur déconseille aux lecteurs toute forme d’intervention chirurgicale à l’aide d’une perceuse non stérile.

Edouard Launet
Viande froide et cornichons
Editions du Seuil

parc de Bomarzo


Le rêve du Celte

Roger Casement n’est pas inscrit au panthéon international des martyrs célèbres de la cause irlandaise. Sauf bien sûr en Irlande où la figure de « Sir Roger » est emblématique. Personne discrète que rien ne prédisposait à devenir un héros, mais qui fut cependant envoyé spécial de la couronne au Congo belge, nommé à 26 ans Consul de l’Etat indépendant du Congo, ennobli par George V. Et c’est en tant que Consul de la couronne britannique qu’il fut envoyé quelques années plus tard en Amazonie avec la même mission d’investigation.

Il fut l’un des accusateurs des exactions commises sur les tribus de ces pays martyrs.

 

Né à Dublin le 1er septembre 1864, il est le fils d’un militaire protestant irlandais et d’une mère catholique anglaise, convertie au protestantisme pour pouvoir se marier, mais qui fait baptiser en cachette ses enfants. Il adore les histoires que lui raconte son père, ancien capitaine au 3ème régiment de dragons qui a servi dans l’armée des Indes et la douceur de sa mère qui lui conte les légendes de sa province du pays de Galle. Roger Casement s’épanouit dans un milieu d’amour ; c’est un littéraire, bercé d’exotisme. Il écrira d’ailleurs de nombreux poèmes. Il perd cette mère idolâtrée alors qu’il a neuf ans et son père trois ans plus tard. L’orphelin est alors confié à sa famille anglaise et grandit dans un climat affectueux, en compagnie de ses cousines avec lesquelles il entretiendra un suivi épistolaire régulier.

Grand admirateur d’Henry Stanley (sir Henry Morton Stanley) il s’apercevra très rapidement que ce dernier n’est pas seulement le héros qui a retrouvé Livingston, mais un spéculateur au service du roi Léopold II de Belgique qui l’a chargé d’acheter en son nom, contre des objets de pacotilles des territoires immenses qui deviendront le Congo Belge (et depuis 1960 : République Démocratique du Congo – RDC – ou Congo Kinshasa), faisant ainsi la fortune du roi et la sienne, évidemment. Le surnom africain de Stanley était « Boulou Matari » signifiant « briseur de Roche ». Tout est dit dans le sobriquet. Mais, c’est cette admiration vouée à Stanley qui le conduit « aux colonies ». Roger Casement débarque en Afrique, à l’âge de dix-neuf ans pour travailler dans une société d’import-export. Bercé par les histoires de son père, curieux, interrogateur, il explore le Haut-Congo durant ses moments de liberté. Il apprend plusieurs des dialectes locaux et découvre les atrocités commises par les sociétés exploitant le caoutchouc – dont celle du roi Léopold II lui-même. Les populations y sont décimées, à la fois par la famine, la maladie, les mauvais traitements, mais également par « l’abattage au fusil par les fonctionnaires blancs », voire par le cannibalisme.


Les roses blanches

C’était un gamin, un gosse de Paris
Pour famille il n’avait qu’sa mère
Une pauvre fille aux grands yeux rougis
Par les chagrins et la misère
Elle aimait les fleurs, les roses surtout
Et le bambin tous les dimanches
Lui apportait de belles roses blanches
Au lieu d’acheter des joujoux
La câlinant bien tendrement
Il disait en les lui donnant:
C’est aujourd’hui dimanche
Tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches
Toi qui les aimes tant
Va, quand je serai grand
J’achèterai au marchand
Toutes ses roses blanches
Pour toi jolie maman.

Au printemps dernier le destin brutal
Vint frapper la blonde ouvrière
Elle tomba malade et pour l’hôpital
Le gamin vit partir sa mère
Un matin d’avril parmi les promeneurs
N’ayant plus un sou dans sa poche
Sur un marché, tout tremblant le pauvr’ mioche
Furtivement vola des fleurs
La marchande l’ayant surpris
En baissant la tête il lui dit:
C’est aujourd’hui dimanche
Et j’allais voir maman
J’ai pris ces roses blanches
Elle les aime tant
Sur son petit lit blanc
Là-bas elle m’attend
J’ai pris ces roses blanches
Pour ma jolie maman.

La marchande émue, doucement lui dit:
Emporte-les, je te les donne
Elle l’embrassa et l’enfant partit
Tout rayonnant qu’on lui pardonne
Puis à l’hôpital il vint en courant
Pour offrir les fleurs à sa mère
Mais en le voyant, tout bas une infirmière
Lui dit : tu n’as plus de maman
Et le gamin s’agenouillant
Dit, devant le petit lit blanc…
C’est aujourd’hui dimanche
Tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches
Toi qui les aimais tant !
Et quand tu t’en iras
Au grand jardin, là-bas
Toutes ces roses blanches
Tu les emporteras.

Ch.L.Pothier – Léon Raiter
Interprète: Berthe Sylva (1926)

A écouter là!