Amori et Dolori sacrum

Souvent les approches de la mort et l’usure affinent les hommes qui semblaient incapables de recueil- lement. À bout d’excitation, ils s’arrêtent ; leur désir décidément mort leur permet d’écouter. Ils enten- dent le bâillement universel, l’aveu d’impuissance, l’à quoi bon qui fait le dernier mot de toute activité.

Cette connaissance ne décolore pas l’univers ; il est plus richement diapré sous les yeux avertis d’un Faust que sous le regard impatient d’un jeune brutal. Quel beau livre, celui qui mériterait qu’on lui donnât pour titre les trois mots inscrits sur un monument de Pise Somno et Quieti sacrum !

La mort et la volupté, la douleur et l’amour s’appellent les unes les autres dans notre imagination. En Italie, les entremetteuses, dit-on, pour faire voir les jeunes filles dont elles disposent, les assoient sur les tombes dans les églises. En Orient, les femmes prennent les cimetières pour jardins. À Paris, on ne s’est jamais mieux étourdi par l’odeur des roses que si l’on accompagne les corbillards chargés de fleurs.

Sainte Rose de Lima (j’ignore sa biographie, mais un nom si délicieux lui prête une grande autorité) pensait que les larmes sont la plus belle richesse de la création. Il n’y a pas de volupté profonde sans brisement de cœur. Et les physiologistes s’accordent avec les poètes et les philosophes pour recon- naître que, si l’amour continue l’espèce, la douleur la purifie.

Maurice Barrès
La mort de Venise
Éditions Nicolas Chaudun


Seconde épitaphe

Sur les rives sombres du Mélas, à Tamassos de Pamphylie, moi, fille de Damophylos, Bilitis, je suis née. Je repose loin de ma patrie, tu le vois.

Toute enfant, j’ai appris les amours de l’Adôn et de l’Astarté, les mystères de la Syrie sainte, et la mort et le retour vers Celle-aux-paupières-arrondies.

Si j’ai été courtisane, quoi de blâmable ? N’était-ce pas mon devoir de femme ? Etranger, la Mère-de-toutes-choses nous guide. La méconnaître n’est pas prudent.

En gratitude, à toi qui t’es arrêté, je te souhaite ce destin : Puisses-tu être aimé, ne pas aimer. Adieu. Souviens-toi, dans ta vieillesse, que tu as vu mon tombea

Pierre Louÿs
Les Chansons de Bilitis
Poésie Gallimard


La môme néant

Quoi qu’a dit ?
– A dit rin.

Photo GML – Copenhague

Quoi qu’a fait ?
– A fait rin.

A quoi qu’a pense ?
– A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’a pense à rin ?

A’xiste pas.

Jean Tardieu
Poésie magazine N°1
Le Cherche Midi éditeur


Vie quotidienne en Lorraine

… Les présages annonciateurs de la mort étaient nombreux autant que variés. Il y avait les oiseaux funestes, la pie, le corbeau, la chouette poussant chacun leur cri en venant se poser sur le toit ou sur un arbre proche, les chiens hurlant à la mort au cours de la nuit, la taupe fouillant le sol en suivant le mur de la maison, les craquements dans le plancher, les meubles, ces « horloges de la mort ». A la grand messe du dimanche quand l’horloge sonnait entre l’élévation et la communion, elle annonçait une mort prochaine.

L’agonisant, qui avait été oint avec les saintes huiles du sacrement par le prêtre, n’était jamais laissé seul, les membres de sa famille l’assistaient en récitant des prières et « l’aidait à mourir » parfois en lui mettant un cierge allumé en main.

Dès que le dernier soupir était constaté, des mesures s’imposaient : les horloges arrêtées, les glaces recouvertes d’un linge blanc, la fenêtre de la pièce entrouverte afin que l’âme puisse s’échapper, les récipients d’eau et de lait vidés pour éviter que l’âme s’y noie ; il était d’usage d’accrocher un crêpe noir au rucher et d’avertir les abeilles : « Votre maître est mort, vous changez de maître » ; il convenait d’avertir aussi le laurier-sauce, les chevaux et même le vinaigrier. A Saint-Julien-les-Metz quand un vigneron mourait on allait frapper trois coups contre des tonneaux pour empêcher le vin d’aigrir…

… La chapelle ardente, présentait un peu partout la même ordonnance. Le gisant recouvert d’un drap blanc, visage voilé ou non, reposait avant la mise en bière sur son lit, un chapelet entourant ses mains croisées sur sa poitrine ; au pied du lit une petite table, sur laquelle était placée la veilleuse, un verre avec de l’eau bénite et un rameau de buis pour les aspersions, un crucifix entouré de deux bougies plantées chacune dans un chandelier, lesquelles seraient seulement allumées au moment de la levée du corps par le prêtre. Les couronnes, les bouquets, les croix étaient alignés autour du lit mortuaire…

Georges L’Hôte
Lorraine
Christine Bonneton Editeur


Les soldats inconnus

Portrait supposé du Soldat inconnu
Photographie publie dans L’Illustration du 20 novembre 1920
Portrait du "supposé" Soldat Inconnu


Lettre à Victorien Sardou

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Paris est une morgue sans toi : avant que je te connaisse, c’était Paris et je croyais que c’était le paradis ; mais aujourd’hui, c’est un vaste désert de désolation et de solitude. C’est comme le cadran d’une horloge, privé de ses aigilles.

Sarah Bernhardt


La rumeur

Elle court, elle court, la rumeur…

Le 16 février 1899, le président Félix Faure meurt à l’Élysée dans les bras de Marguerite Steinhail, sa maîtresse.

Dans Paris, les railleries se répandent d’autant plus rapidement que la jeune-femme n’est pas avare d’interviews. Un journaliste de l’époque écrit même avec impertinence :

– elle a abusé de sa langue et Félix Faure l’a laissée causer trop longtemps…

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… mais la réplique suprême est signée Georges Clémenceau, rendant cet « hommage » au défunt :

− il s’était cru César, il est mort Pompée !

Du grand art !

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Olivier Clodong
Le Meilleur des réparties pour moucher les Emmerdeurs, les cons, le prétentieux et autre Ennuyeux
Editions Mille-et-une-Nuit


Sauvé par son église

Uruffe

… Le 3 décembre 1956, peu avant la date prévue pour l’accouchement, Guy Desnoyers bascule. Dans la soirée, le prêtre entraîne Régine sur la petite route déserte de Pagny-la-Blanche-Côte. A deux reprises, il lui propose de lui donner l’absolution. Etonnée par cette proposition, elle refuse et s’éloigne à pied.

Guy Desnoyer la suit à deux pas, un révolver à la main. Dans la nuit noire, il tend le bras vers la nuque de la jeune femme et tire à deux reprises. La victime s’écroule, tuée sur le coup

Le prêtre sort alors un couteau, avec lequel il va pratiquer une césarienne afin d’extraire l’enfant « une petite fille née viable ». Il la baptise, la tue et s’acharne sur le visage du bébé, avant de pousser les deux cadavres dans le fossé. Contacté par les parents, le prêtre participe aux recherches.

L’affaire

Très vite Michèle, l’amie de Régine, confie que cette dernière lui a appris que le curé est le père de son enfant. Ce dernier nie avec véhémence. Mais un gendarme, qui a retrouvé une douille de calibre 6.35, calibre pour lequel le prêtre a obtenu un permis de port d’arme, le confond.

Il avoue son crime, sans plus d’émotion. 

En janvier 1958, le procès s’ouvre à Nancy. Aux questions qui lui sont posées par le président, l’accusé répond par monosyllabes. Dans son réquisitoire, le président réclame la peine de mort.

Les jurés en compagnie du président du Tribunal  délibèrent durant une heure et quarante minutes, avant de revenir sur un verdict de culpabilité et une peine de bagne à perpétuité pour le prêtre.

La peine de Mort

Pourquoi la peine de mort a-t-elle été épargnée au curé d’Uruffe ? Des pressions auraient été exercées sur les jurés lors des délibérations ? Le Président de la Cour auraient réuni les jurés pour leur demander d’accorder les circonstances atténuantes au curé. Le Président Coty serait intervenu afin de préserver les relations avec le Vatican…

Diverses sources


Voilà la question

Etre ou ne pas être ?
Pour celui qui est, il n’y a pas de question.
C’est celui qui n’est pas
qui s’interroge,
qui se tourmente,
qui se cherche,
qui se torture,
qui se meurt.

Mais comment peut-on mourir
si on n’existe pas ?

Gil MELISON-LEPAGE
Le vent dans mon crâne
Grand Prix Louise de Vilmorin
Presses des Portes Ferrées

AEHM je ne sais plus quelle année, mais de celles qui nous réunissaient avec tant de bonheur à la Source Bleue


Célébrités

Dans les exhumations célèbres on note :

Salvador Dali pour un test de paternité,

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Juan Manuel Fangio, exhumé vingt ans après sa mort pour le même motif.

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Yves montant aussi (le test s’est avéré négatif)

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Juan Peron  également (test négatif aussi)

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Bobby Fischer joueur d’échecs célèbre (test négatif)

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