Cimetière abandonné ?

 

Photos GML – le long d’une route environs de Budapest

 

 


Le gui (Viscum album)

Plante parasite rampante ou grimpante de la famille des Loranthacées. On le trouve sur de nombreux arbres et il était, dit-on, l’objet d’un culte de Gaule, dans la religion druidique (les druides le coupaient avec une faucille d’or…) Employé autrefois dans les cas d’épilepsie et pour les tumeurs, il a été abandonné par la médecine officielle, mais quelques guérisseurs utilisent encore ses propriétés.

Sur le plan toxicologique, c’est un poison violent : l’empoisonnement peut se produire à partir de l’ingestion d’une dizaine de baies. Cette plante, offerte ou achetée pour la décoration des fêtes de fin d’année, doit donc éveiller la vigilance, surtout en présence des enfants : en effet, ses baies blanches et translucides sont bien tentantes pour les tout-petits !

Lexique des drogues et poisons
Editions de la Fontaine au Roy

Image Wikimedia

 


La mort de Mary Percy

Photo GML – un cimetière d’Ecosse

… et maintenant, dit-il, et maintenant que tu es partie Mary ! De mes propres yeux, je t’ai vue mourir, je t’ai vue couchée dans ton cercueil et couchée dans ta tombe. On l’a refermée sur toi et son marbre pèse sur ton corps, et je comprends, ici, enfin, ce que c’est que mourir. J’ai devant moi un long voyage de Vie et il me faudra subir avant de mourir de dures épreuves, mais dans toutes les tourmentes déchaînées que je traverserai, devant les tâches et les souffrances qu’il me faudra, je le sais, affronter, si longtemps que je vive, si puissant que je sois, je n’aurai plus la lumière de ton regard et de ta voix, rien que la grande certitude qu’ici, dans cette Afrique occidentale, cette pierre te recouvre et pèse sur toi. Jusqu’à présent, toute grande que fût ma misère, tout noir que fût mon avenir, toi, Mary, étais l’étoile qui semblait se lever dans mon ciel pour m’éclairer et me guider vers le salut. Si tu n’avais pas vécue, je ne vivrais pas aujourd’hui, et tandis que tu me demandais toujours conseil, je savais que c’était moi qui m’appuyais sur toi. Mais voici la fin de tous ces sentiments, hormis d’un sentiment. Ce que je ressens ici, c’est qu’il faut nous dépouiller de ces mirages insensés du Ciel et d’une vie future. Et ce voile écarté, que reste-t-il ? La vraie Mort ! Rien que ce corps caché dans son cercueil, mort, enterré ici, à mes pieds et qui rapidement se corrompt et pourrit…

Patrick Branwell Brontë
La mort de Mary Percy
Editions Robert Laffont

 


Anglais méridionaux

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En 1834, Lors Henry Brougham (nom merveilleux qui doit se prononcer « Broum »), Grand Chancelier du Royaume-Unis, se rendant en Italie avec femme et fille, fut empêché de franchir la frontière par une épidémie de choléra. Il rebroussa chemin pour faire halte dans un minuscule port de pêche infesté par les moustiques… Séduit néanmoins par le site, il n’en bougea plus, y acheta un terrain pour construire sa villa et persuada ses compatriotes de l’y rejoindre. Le bourg avait un nom qui, dans sa langue augurait tous les possibles : Cannes.

Cet homme étonnant, scientifique reconnu, responsable politique à l’origine de l’abolition de l’esclavage au Royaume-Uni, mais aussi inventeur d’une voiture à chevaux qui porte son nom, mourut quasi nonagénaire, en 1868, dans sa cité d’adoption. Il y repose, dans la division réservée aux protestants, près de Prosper Mérimée, non loin d’Olga la première épouse de Picasso, et du joaillier Fabergé. D’une tombe à l’autre, quelques marches. Ne manque qu’un tapis rouge.

Bertrand Beyern
Carnets de Dalles
Editions du Cherche Midi


Les Incas – le temps et l’espace

Le pouvoir des Incas reposait sur une société rigide, un système de contrôle rigoureux de l’agriculture et une obéissance aveugle. A la tête de ce vaste appareil d’Etat, l’Inca – empereur révéré comme un dieu vivant – régnait en maître absolu. Des éléments du monde naturel – le soleil, la lune, les étoiles, la nature et les saisons – étaient divinisés. Le culte des ancêtres était également important…

… Augures et divinations étaient au centre de la religion inca. On consultait les oracles à tous propos : maladie, enquêtes criminelles, bon emplacement pour l’agriculture, constructions, etc.. pour savoir quel était le sacrifice à offrir et à quel moment l’offrir. Les techniques de divination étaient diverses : suivre le chemin d’une araignée dans un bol renversé, interpréter la position des feuilles de coca, ingérer l‘ayahuasca, boisson hallucinogène, et interpréter les marques figurant sur les poumons des lamas sacrifiés.


Discours sur le bonheur

Portrait de Quentin-Latour (Wikipédia)

… En 1747, Madame du Châtelet, en ayant beaucoup rabattu, peut se dire heureuse, et offrir ses conseils éclairés aux plus jeunes que « l’âge et les circonstances de leur vie leur fournissent trop lentement ». Comme si les conseils des aînés pouvaient faire gagner du temps aux cadets, et surtout comme si la vie ne pouvait plus désarçonner la belle marquise, protégée par l’expérience durement acquise.

Ironie du sort : le destin la guettait pour faire voler en éclats la belle sagesse qu’elle étalait dans son Discours. A peine ses pages terminées, Madame du Châtelet, qui prônait si bien la modération, l’indépendance et la santé, va connaître à quarante-deux ans la passion la plus dévastatrice pour un jeune officier de la cour de Lorraine qui sera la cause de sa mort. En effet, elle éprouvera pour Saint-Lambert, son cadet de dix ans, un douloureux sentiment qui tient à la fois du premier amour de la jeune fille et de la passion sénile du vieillard. Jamais personne ne fut plus aliénée à une autre.

Passion détestable qui réveilla sa nature possessive, tyrannique, éternellement insatisfaite. Le jeune homme, non dénué d’égoïsme, ajouta la maladresse à la légèreté : Madame du Châtelet se retrouva enceinte à l’âge où l’on ne doit plus l’être. A la honte d’être engrossée, à celle d’éclabousser le nom de ses enfants légitimes, s’ajouta une terrible angoisse de mort qui ne la quittera plus.

 

Comme son pressentiment l’en avait avertie, elle mourra le 10 septembre 1749, quelques jours après avoir donné naissance à une petite fille. Pleurée par son mari, son compagnon Voltaire et son amant Saint-Lambert resté à son chevet, sa mort fut saluée à Paris par une avalanche de quolibets. Tout y passa : cette grossesse ridicule pour une femme de son âge, ses travaux scientifiques jugés nuls et non avenus par les ignorants qui ne les comprenaient pas…

Elisabeth Badinter
Préface du Discours sur le bonheur
de Madame du Châtelet
Editions Payot & Rivages


Lover Lover Lover (traduction)

J’ai appelé mon père
J’ai dit « Père, change mon nom
Celui que j’utilise aujourd’hui est recouvert
de peur, de crasse, de lâcheté et de honte »

Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi
Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi

Il a dit « je t’ai enfermé dans ce corps
Je l’ai voulu comme une épreuve
Tu peux l’utiliser comme une arme
ou pour faire sourire une femme

Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi
Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi

« Alors laisse-moi recommencer » j’ai crié
« je t’en prie laisse-moi recommencer
Cette fois je veux un beau visage
et un esprit où règne le calme »

Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi
Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi

« Je n’ai jamais tourné le dos » il a dit
 » Je n’ai jamais abandonné
c’est toi qui a construit le temple
et c’est toi qui a recouvert mon visage »

Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi
Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi

Et que l’esprit de cette chanson
puisse s’élever pur et libre
Puisse t-il être un bouclier pour toi
un bouclier contre les ennemis

Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi
Oui et mon amour amour amour amour amour reviens vers moi

Leonard Cohen
Traduction Louizon (paroles-musique.com)

à écouter là :


Soldats, droit au coeur !

Image Wikimedia

Les Bourbons ne purent jamais pardonner au maréchal d’Empire qui, chargé par Louis XVIII d’aller arrêter Napoléon à son retour de l’île d’Elbe, le 8 mars 1815, retourna du côté de l’Empereur et lui livra ses troupes.

Le 18 juin, la défaite de Waterloo mit un terme aux Cent-Jours et Ney, réfugié en Auvergne, fut ramené à Paris, traduit devant un conseil de guerre qui se déclara incompétent. Ayant été fait pair de France par le roi en 1814, il fut jugé par la Cour des pairs et condamné à mort le 21 novembre 1815.

Réveillé dans sa cellule pour entendre la sentence, il écouta l’arrêt qui énumérait ses titres. Interrompant la lecture du secrétaire de la pairie, il lui dit : « Passez, monsieur. Dites simplement : Michel Ney et bientôt un peu de poussière »


Esperanza et ses saints

Oui Padre Salvador, c’est encore moi. Esperanza Diaz, la maman de la petite fille morte. Sauf qu’elle n’est pas morte. J’aurais dû vous le dire la dernière fois que je me suis présentée à confesse, seulement je n’ai pas osé… Les mots, ils m’ont lâchée comme de faux amis.

Photo SC – tableau fin XIXè

 

Je suis venue tous les jours. Je restais debout près de l’autel, à attendre que vous finissiez la messe. Après, je rentrais à la maison. Toute la semaine, je me suis dit que si quelqu’un doit apprendre ce qui s’est passé, c’est vous. Ce n’est pas que j’aie un péché à avouer, non… En fait, si, j’en ai un, un petit, mais je le garde pour plus tard. Si je suis là, c’est pour vous confier quelque chose dont l’Eglise doit être mise au courant. Que je ne peux raconter à personne d’autre. On ne me croirait pas, c’est tout. Alors voilà : j’ai eu une apparition.

Le soir des funérailles, j’ai prié san Judas Tadeo, notre saint des causes désespérées. Vous savez de quels miracles il est capable. Pourquoi est-il si bon pour moi ? Je suppose que c’est parce qu’il est saint, et moi pas. Il faut être plein de bonté pour devenir un saint. Lui, c’est un de mes préférés, depuis que je suis toute petite. Dans notre église, il a une place à part. Quand j’étais gamine, je m’y glissais souvent juste pour lui parler, les yeux fixés sur la médaille qui brille sur sa poitrine. Elle est énorme, padre, et lui si petit… En tout cas, celui que nous avions chez nous, à la droite de la Vierge de la Candelaria, sainte patronne de Tlacotalpán. Ça doit être un sacrifice très important qu’il fait, de supporter un poids pareil autour du cou, depuis tout ce temps et à jamais. Une fois, je suis même montée sur le piédestal pour voir si la médaille n’était pas creuse, mais non, c’est un gros bloc d’or qui pèse sur lui sans arrêt. Et moi je trouve ça bien. Son cousin Jésus n’aurait pas pu trouver meilleur saint à qui confier un tel trésor…

Maria Amparo Escandon
Esperanza et ses saints
Editions 10/18 – domaine étranger

 


Mort

Image de couverture « Atmosphère » Editions Hatier

Chaque soir, avant de m’endormir, je me demande si je me réveillerai le lendemain, mais sans aucune tristesse. Je me dis : « Est-ce que je ne vais pas être trop tocarde, mon pyjama n’est pas mal… » Tout ça. Je pense à ces détails. Je n’ai pas peur de la mort. Je ne la vois pas noire. Je l’attends, venant me prendre par la main, elle et moi de blanc vêtues.

J’aime à ce sujet deux phrases que je me répète tous les matins. Une de Racine, surtout qui m’interroge : « Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre ? » Et une autre de Céline : « La vie n’est qu’une ivresse, la vérité c’est la mort »

Et puis, vous savez, vous mettez trois morts, l’un à côté de l’autre : un milliardaire, un président, un paumé… Trois jours après : faut se boucher le nez.

Claudine Brécourt-Villars
Les mots d’Arletty
V&O Editions